C'est l'une des opérations les plus spectaculaires de l'été dans le football européen. Le 14 août, Fenway Sports Group (FSG) a annoncé la cession d'une participation minoritaire d'environ 30 % de Liverpool FC à un consortium baptisé 1892 Holdings, en référence à l'année de fondation du club. La transaction valorise les Reds à environ 5,5 milliards de livres, soit près de 7,4 milliards de dollars : l'une des valorisations les plus élevées jamais atteintes par un club de football.
Qui entre au capital
Le consortium réunit trois profils très différents. Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, investit via le fonds K5 Global : c'est son premier investissement direct dans le sport. Eduardo Saverin, cofondateur de Facebook, participe avec son épouse Elaine via leur family office. Enfin, l'homme d'affaires britannico-indien Amit Bhatia, ancien coactionnaire de Queens Park Rangers pendant dix-huit ans, pilote le groupe et devient vice-chairman du club.
Détail qui change tout : selon plusieurs médias américains, l'accord comprend une option permettant au consortium de devenir actionnaire majoritaire à terme. FSG conserve pour l'instant la majorité et le contrôle opérationnel, mais la porte d'une transmission est ouverte.
Pourquoi c'est un cas d'école
FSG avait acheté Liverpool 300 millions de livres en 2010. Seize ans plus tard, le club en vaut environ dix-huit fois plus. Cette création de valeur repose sur les droits TV de la Premier League, la modernisation d'Anfield, et une marque devenue véritablement mondiale.
Le montage retenu, une participation minoritaire assortie d'une option de contrôle, illustre aussi une tendance de fond : plutôt qu'une vente sèche, les propriétaires historiques font entrer des investisseurs par étapes. Liverpool avait déjà ouvert 3 % de son capital au fonds Dynasty Equity en 2023. Pour les nouveaux entrants, c'est une manière de sécuriser un actif rare sans payer tout de suite le prix d'un rachat complet.
Ce qu'il faut suivre
- L'exercice de l'option de contrôle : si le consortium monte en majorité, Liverpool changerait de mains pour la première fois depuis 2010.
- Le rôle de Bezos : déjà diffuseur de la NFL via Amazon Prime, il devient copropriétaire d'un contenu sportif majeur. La frontière entre diffuseurs et propriétaires continue de s'estomper.
- L'effet sur les valorisations : à 5,5 milliards de livres, tous les grands clubs européens vont revoir leurs multiples à la hausse.
Pour comprendre comment se structure la propriété d'un club, revoyez notre conférence avec Olivier Létang, président du LOSC.
